Christian Caillard (1899–1985)
Peintre, aquarelliste, graveur et lithographe. Membre du groupe des Peintres de la Réalité poétique.

Christian Caillard, 1899–1985
Christian Caillard est exemplaire de par sa sensibilité toute particulière et son humilité devant la toile, aux détours de ses voyages, de ses figures et de ses natures mortes. Il peindra avec rigueur et une économie de moyens, avec ses harmonies précieuses, savantes et qui pouvaient sembler rudimentaires. Il peindra au quotidien, avec sa sincérité et sa foi intérieure afin d'atteindre au plus près de sa subjectivité la beauté et la subtilité de ce qu'il regarde. Son œuvre lui ressemble.
Propos de l'artiste
« Je cherche à exprimer des sentiments humains par les moyens les plus simples, les plus directs et purement picturaux, par la couleur, par la lumière. »
« Je me méfie de toutes les formules. Je suis sûr que la nature existe. »
« Mes maîtres sont Van Gogh, Utrillo, Manet au travers duquel je retrouve Goya. »
« J'aime les couleurs simples à l'état pur. Je déteste la littérature en peinture. »
« La peinture doit tout devoir à elle-même. »
« La peinture pour moi n'est que résonnance humaine. »
Propos recueillis le 9 février 1945 par André Warnod
Biographie
Issu d'une lignée d'artistes, Christian Caillard a grandi sur la butte Montmartre. Sa mère Huguette Mendes, institutrice, est la fille d'Augusta Holmes, musicienne, et de Catulle Mendes, écrivain et poète. Son père Gabriel Caillard est écrivain. Son oncle, Henri Barbusse, lui offre sa première boîte de peinture.
Après des études au collège Rollin, il se présente à l'École Centrale. Mobilisé en 1918, il sert dans l'artillerie, mais à son retour à la vie civile, il se décide à abandonner les sciences pour se consacrer à la peinture.
En 1921, Caillard entre à l'académie Biloul où il reste quelques mois et fait la connaissance d'Eugène Dabit, le futur auteur de L'Hôtel du Nord, et du peintre Georges-André Klein. En 1922, au Lapin Agill, il rencontre Irène Champigny.
Avec Dabit et Champigny, il se lance dans la confection de batik et ils acceptent une commande de 300 m pour les Galeries Lafayette, transformant leur atelier en entreprise artisanale. Avec ce gain, Champigny loue avec Christian une ancienne lingerie rue Saint-Anne qu'ils transforment en galerie : c'est la galerie Champigny. Caillard y expose ainsi que Klein, Dabit, Béatrice Appiat, puis bientôt Maurice Loutreuil. Ensemble ils forment l'école du Pré-Saint-Gervais.
Christian rencontre Maurice Loutreuil en novembre 1923. C'est une révélation. Il dira : « cette rencontre illumina ma jeunesse et orienta ma vie ». Maurice Loutreuil devient pour le jeune artiste, non seulement un maître, mais aussi un ami et un guide. Il lui laissera à sa mort en 1925 ses toiles et son atelier du Pré-Saint-Gervais.
La vie de peintre de Caillard franchit une étape essentielle avec ses premiers séjours au Maroc, en 1927–1928, qui sont une féconde source d'inspiration. Encouragé par cette expérience de dépaysement, il commence en 1933 un périple autour du monde. Il séjourne longuement en Indochine, Bali, Bora-Bora et à la Martinique.
Ses périples l'amènent à s'intéresser plus spécifiquement aux problèmes de la lumière. Il s'imprègne longuement des paysages et des coutumes des pays où il vit, couvrant de nombreux carnets de ses croquis et aquarelles qui témoignent de ses rencontres, de ses sensations. Il peint, toujours sur nature, dans une relation directe de sensibilité, dans un corps à corps avec l'émotion ressentie devant son sujet, avec l'angoisse de transmettre la beauté, la vie dans ce qu'il perçoit.
De retour en France, il reçoit en 1934 le prix Blumenthal. Il s'installe en 1935 dans un atelier du 9e arrondissement de Paris, au 6 rue Clauzel, à deux pas du petit magasin où le père Tanguy vendait des couleurs aux plus grands artistes — Van Gogh, Pissarro, Gauguin, Cézanne, Monet, Renoir. C'est là qu'il rapporte ses toiles « moissonnées » à travers le monde.
Mobilisé en 1939, il est fait prisonnier dans les Vosges en 1940. Libéré en juin 1941, il recommence à peindre, alternant les séjours en Bretagne, à l'étranger et dans son atelier parisien.
En 1949, avec sept amis peintres — Maurice Brianchon, Jules Cavaillès, Raymond Legueult, Roger Limouse, Roland Oudot, André Planson et Kostia Térechkovitch — il forme le groupe des Peintres de la Réalité poétique, l'un des groupes les plus originaux de l'art français du milieu du XXe siècle.
Au cours de sa carrière, Christian Caillard réalisera également des fresques pour des musées nationaux et illustrera des ouvrages de Colette, Francis Carco, et une édition de l'Histoire de France et des Fables de La Fontaine.
Jusqu'à sa mort, Christian Caillard poursuivra ses voyages à travers le monde : Maroc, Mexique, Grèce, Espagne — où il acquiert une maison en 1956 à Javea, près d'Alicante. Il séjourne encore une année à Madagascar en 1964, puis à Ceylan en 1970, à Bora-Bora et Bali en 1973, en Tunisie en 1974, au Mexique en 1976 et au Népal en 1979.
Les dernières années de sa vie, il partage son temps entre sa maison en Espagne, l'île d'Ouessant dont il aime la lumière changeante et les landes désertes, et son atelier parisien du 9e arrondissement. Il y décédera le 18 septembre 1985.
Après sa mort, la galerie Jean-Pierre Joubert lui rend hommage à Paris dès juin 1986. La ville de Menton le reçoit en avril 1987 au Musée des Beaux-Arts du Palais Carnolès. La ville de Paris lui consacre en 1997 une importante rétrospective, pour l'honorer en tant que peintre du 9e arrondissement. Son oeuvre est exposée régulièrement lors de retrospectives des peintres de la réalité poétique. Il est exposé à trois reprises en Bretagne entre 2021 et 2023, avec l'association Art Stiff à Ouessant et la galerie de bretagne à Quimper.
Regards critiques
Grâce à une ferveur lucide, une humilité scrupuleuse, Christian Caillard nous aide à pénétrer une poésie faite de mystère et d'accablante lumière sans se servir jamais des séductions faciles qu'offrent les décors de ces pays. Les vertus profondes de cette peinture sont ailleurs. Elle nous oblige à nous arrêter, à rejeter les jeux gratuits dont beaucoup nous ont fait témoins, pour retrouver à travers une œuvre, semblable sous tous les ciels, des hommes.
Reflet de ses émotions et témoignage de ses rencontres, son œuvre illustre son intérêt pour la figure humaine.
J'aime la peinture et les vrais peintres, tous ceux à qui un don privilégié révèle inépuisablement les merveilleux secrets du monde sensible qui nous est donné.
Caillard s'impose dans les figures et paysages, un goût pour les effets de lumière mais aussi pour la nuance et l'éclat des couleurs.
Fresques murales
Un vaste panneau représentant des champs pétrolifères au pied des Karpates, pour le Musée de la Découverte, Paris.
Neuf panneaux dédiés à la gloire de la comédie, pour le petit Foyer de l'Odéon, Paris.
Cinq fresques retraçant les principaux épisodes de la vie de Bouddha : la naissance, les fiançailles, la tentation, le bain et la mort — pour la Salle des Conférences du Musée Guimet, Paris.
Livres illustrés
- Colette, Belles Saisons, Éditions de la Galerie Charpentier, 1946
- Francis Carco, Mortefontaine, Cercle Lyonnais du Livre, 1950
- Histoire de la France, Club du livre, Éditeur Philippe Lebeau, 1963
- Fables de la Fontaine, préface par Jean Cocteau. Éditions Jaspard, Polus et Cie, 1961
Galerie
Avec Maria Casares années 50



